samedi 24 mai 2014

Réfléchissons un peu...

Ne jamais oublier ce que nous sommes : des subjectivités.
Des prismes déformants.





Voir, à toute chose, une cause unique et simple est une tendance profondément ancrée dans le fonctionnement du cerveau humain.
A preuve…elle n’épargne même pas celui des plus grands savants !





En nous poussant à toute force à aller de plus en plus vite, la vie moderne ne nous incite guère à plus d’intelligence. Car l’intelligence implique aussi un approfondissement des choses, une concentration intense sur elles.
L’immédiateté ne nous donne que rarement le temps de traverser le stade superficiel des apparences et de nous arrêter sur les phénomènes et les êtres dans leur essence, dans leur densité.





Les apparences, les préjugés, les leçons tirées de nos propres vies que l’on généralise, les simplifications commodes et les amalgames hâtifs.
Voilà quelles sont nos dérisoires balises pour aller à la découverte du monde.





Dieu serait-il informaticien ?





Nous ne pourrons jamais prétendre nous rendre meilleurs que nous ne le sommes sans la pleine et entière conscience de nos manques, de nos failles, de nos limitations, de nos insuffisances, tant d’ordre « moral » que d’ordre cognitif.
Le garde-fou contre nos naturelles, nos originelles tendances à l’exaltation excessive de nous-même et à la mégalomanie n’est pas à chercher ailleurs que là. De même que la source de la nécessaire humilité et du non moins indispensable respect de l’autre.





L’art, au même titre que l’amour, ou que la transe, est un transport. C’est une exaltation, qui vous fait transpercer l’écran des apparences et qui, de ce fait, vous projette plus loin que vous-même et que votre environnement platement habituel.
Grâce à lui, c’est « de l’autre côté du miroir » que vous passez.
Vous continuez à sentir et à regarder les mêmes choses, mais sous un tout autre angle, de sorte qu’elles se trouvent radicalement changées. Votre vision, votre appréhension des choses se modifient.
L’expression « art visionnaire » n’a que peu de sens, et est hautement pléonasmique. Tout art, en ce qu’il implique cet « autre regard », cette exaltation de la « caisse de résonance » perceptive que nous sommes, est visionnaire.





Tout est critiquable. Dans la même mesure que tout est louangeable.
Cela dépend, toujours, du point de vue dans lequel on veut bien se placer.





Les gens qui ne s’intéressent en tout et pour tout qu’à leur « petite personne », qui se « centrent «  sur cette dernière s’automutilent. Car ils refusent  de s’ouvrir sur la vastitude, la splendeur et  l’intense variété de tout ce qui les entoure, de près ou de loin.
Lapalissade, peut-être – mais lapalissade, il me semble (hélas) hautement nécessaire – que de dire, que de répéter encore que le monde est, et qu’il sera toujours infiniment plus vaste, plus riche et plus intéressant que leur (notre) petit personne si transitoire, si limitée.





Le culte du soi est-il, chez l’Homme, fait naturel ou forme de folie ?





Il n’est pas d’instant où je ne m’annihile pas, où je ne sois pas l’objet de quelque « combustion spontanée » qui me réduise à un petit tas de cendres d’où je pourrais, tel un phénix, renaître. Comme neuve.
Pas de nanoseconde à l’intérieur de laquelle je ne subisse pas de mue.





On ne se regarde jamais correctement qu’avec les yeux de l’autre. Avec leur altérité. Qui nous est un véritable secours. Nous avons besoin de la « chausser » ; comme un myope ou un presbyte qui chausse des lunettes.
Elle peut être de deux sortes : vraiment externe, à savoir logée dans le regard observateur et attentif d’autres êtres humains, qu’ils fassent ou non partie de notre entourage ; ou de nature interne, lorsque nous avons développé en nous suffisamment d’introspection, de lucidité, de dédoublement de nous-même.
Oui, lorsque « l’œil de l’autre » stationne en nous, la conscience y gagne toujours.







  

Le monde n’ « avance  »  que parce qu’il existe, dans l’humanité, un certain nombre (certes, très minoritaire) d’individus pour qui il ne va pas de soi. Souvent, ces individus – penseurs, créatifs -  se sentent et sont perçus – on pourrait dire « par la force des choses » -  comme « déconnectés », comme « ailleurs » ; comme des  excentriques  plus ou moins « marginaux » et plus ou moins « inadaptés », enfermés dans leur propre univers mental et plus ou moins sujets au malaise lorsqu’il leur faut vivre dans l’univers commun. En quelque sorte, un peu autistes.
Mais n’est-il pas, tout bien considéré, parfaitement normal que qui n’arrive pas à accepter le monde tel qu’il est soit également un créatif, un « révolutionnaire » et un « tourmenté », qu’il soit tout ensemble un chercheur et un insatisfait chronique, doublé d’un solitaire ?
Aimer le monde. L’accepter. Le prendre « comme il est », « comme il vient ». Est-ce compatible avec la pulsion de le comprendre, de lui donner plus de sens ; cela vous pousse-t-il à essayer de le changer, de l’amener plus loin ?
Toutes les grandes découvertes qui firent la civilisation humaine et qui continuent de la faire ne reposent-elles pas, en fin de compte, sur une unique, fondamentale question, qui n’est autre que « pourquoi ? », et qui renaît, qui rejaillit sans cesse de ses propres cendres – si « dérangeante » avec son pouvoir de bousculer le statu quo ?





La civilisation repose sur l’inadaptation au monde. On peut presque dire qu’elle lui doit tout.





Beaucoup, qui croient penser, ne font, à leur total insu, que répéter des leçons apprises, qu’ânonner des certitudes et axiomes qui sont « dans l’air du temps ».





Si les gens deviennent envieux, aigris, c’est, le plus souvent, par un dépit de l’amour-propre. Ce fameux « amour-propre»  si mal nommé – en réalité tellement mesquin, tellement sordide qu’il devrait, bien plutôt, être nommé « amour sale » !





Envieux, aigris, dépités tiennent comme à la prunelle de leurs yeux au maintien et à la perpétuation de la médiocrité  universelle. Ils ont l’art de rétrécir l’univers à leur dérisoire mesure.





Le besoin de se rassurer quant à sa propre valeur est, chez l’être humain, quelque chose d’aussi lancinant que pathétique.





Pour les parents abusifs, qui s’efforcent de tuer chez leurs enfants toute confiance en soi afin qu’ils ne s’éloignent pas d’eux, qu’ils ne leur « échappent »  en aucune manière, il est deux moyens quasi infaillibles d’arriver à leurs fins : la maltraitance et la surprotection, précoces, prolongées et massives.





Le présent, à proprement parler, est dénué d’existence. C’est une chimère. Il est tout entier dans un mouvement, dans une sorte de flash fugace.
Qu’appelons-nous, au vrai, « présent », « maintenant », sinon ce minuscule point-charnière qui se borne à faire la liaison entre ce qui est passé et ce qui est à naître ?
L’avenir n’en finit-il pas de commencer, là, « ici et maintenant », sous nos yeux ? Le passé, de se fabriquer, de se cristalliser dans le sillage de l’instant même ?
Chaque instant n’est-il pas un élan, une sorte de « saut en avant » qui nous projette ? Chaque grumeau de présent n’est-il pas, en fait, hâte, tension vers ce qui le continuera et le changera ?





L’univers étant, par essence (les physiciens l’ont bien prouvé) quelque chose de dynamique, il ne peut être que voué à l’inventivité, au changement.
Sans doute (et on ne peut plus paradoxalement) ceux-ci sont-ils les conditions de son maintien, de sa survie.





Et si tous les grands, tous les vieux problèmes de la philosophie n’étaient, en fait, que des faux problèmes, et/ou des questions mal posées ?





Tout n’est qu’affaire de perception ; de façon d’envisager les choses.
Il n’existe aucune façon absolue de rendre compte des objets et des phénomènes.
Tous existent au travers de grilles de perception et d’interprétation différentes qui, fréquemment, s’excluent mutuellement – et là est tout le problème.
Le réel est. Mais se prête à une multiplicité d’approches et de « traductions » langagières. Les mathématiciens eux-mêmes – pour fascinés qu’ils soient par leur propre mode d’approche et d’expression, pour convaincus que ce dernier est le plus proche qui soit d’une éventuelle langue divine (cf. ce qu’écrit Galilée), n’en reconnaissent pas moins, sans se faire prier, qu’il n’est qu’un langage.





Descartes disait « je pense donc je suis ». Peut-être eut-il été mieux inspiré d’écrire « je pense donc je me scinde ». La pensée introduit toujours une sorte de divorce d’avec l’être brut. Penser, c’est se regarder être, c’est prendre conscience du fait que l’on est, et de la façon que nous avons d’être.
Dans l’acte de penser, l’individu en train de penser se coupe en deux entités distinctes pour mieux prendre conscience de lui-même en tant que soi – quel paradoxe !
Il y a là une étape qu’aucun animal autre que l’Homme n’a jamais atteinte.
A terme, la pensée introduit même un sentiment d’étrangeté : par le fait qu’elle nous met à distance de notre environnement immédiat et de nous-même, elle nous isole, et nous capture.  En un sens, on pourrait presque dire que la pensée humaine, la connaissance humaine sont une forme d’exil.
Cela, la Bible avec son fameux mythe du Jardin d’Eden et du « serpent à pomme », l’a fort bien rendu.
Ce que nous avons perdu en « être brut », en densité animale d’être, en immersion pleine et entière dans le vécu inconscient purement biologique, nous l’avons « compensé » en gagnant un pouvoir de compréhension, de maîtrise (mais aussi, l’un ne va pas sans l’autre, de mise à distance) de ce qui nous entoure.





Pour qu’il y ait pensée, il faut toujours qu’il y ait, à l’intérieur de soi, deux entités bien distinctes qui se répondent : l’une manie les concepts, et l’autre la regarde faire et, au besoin, la « corrige », la conteste, la juge.





Il est bien et bon de penser. Mais mieux encore d’avoir conscience qu’on pense et conscience de ce que l’on pense, de pourquoi on le pense.





On pense. Cela compense.





La lucidité ? Une pensée qui retourne contre elle-même ses propres armes.
En somme, une sorte de « maladie auto-immune » !





Qu’est-ce que la conscience ? Un plus ? Un moins ? Multiplie-t-elle nos capacités de présence au monde ? Les diminue-t-elle ?





Nous employons des mots ; comme s’ils allaient de soi : « la pensée », « la conscience »…Nous les utilisons allègrement – et ce depuis  x-temps – sans le moindre état d’âme, pour manier des concepts, de nature scientifique et/ou philosophique. Mais savons-nous exactement, dans les faits, ce que de tels termes recouvrent ?
Qui sait dans le plein sens du terme, ce en quoi ça consiste, « penser » ? Qui est capable de définir, dans le plein sens du terme, ce qu’est l’être humain ?
Nous venons à peine de commencer à « explorer » vraiment le cerveau de l’Homme.
Nous ignorons toujours, pour une très large part, le détail de notre histoire évolutive (la transition du grand singe à l’Homme, et ses diverses étapes ; l’identification de notre ascendant le plus direct qui soit dans le « buissonnement » de notre évolution).
Toutes les évolutions actuelles des neurosciences, de la génétique, de la biologie, de la paléoanthropologie et même des sciences de l’intelligence artificielle s’entendent pour nous orienter vers de véritables abîmes (ou abysses !) de complexité.
L’ « intelligence » elle-même…qui sait seulement à proprement parler en quoi ça consiste, l’intelligence d’un être humain ? Comment l’ « évaluer » sans risquer de tomber dans le réductionnisme ? N’est-on pas « revenu » d’illusions telles que, par exemple, les tests de QI ? Les scientifiques n’invoquent et n’évoquent-ils pas, à l’heure qu’il est, non plus « l’intelligence », mais « les intelligences » ?




P. Laranco.













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